J’ai cru que le bio voulait dire zéro plastique pendant deux ans et je me suis plantée

juin 3, 2026

Je m’appelle Élise Verdan. Je suis rédactrice spécialisée en alimentation biologique pour un média indépendant. J’habite dans le Nord, dans la métropole lilloise. Un samedi matin, dans la file de Biocoop Lille Wazemmes, le film plastique a craqué sous mes doigts. Mon sac a laissé voir des barquettes, trois sachets papier et un opercule mal fermé. J’ai compris ce jour-là que j’avais dépensé 187 € de trop, en deux ans, sans réduire franchement mes déchets.

Le jour où j’ai compris que le logo bio ne suffisait pas

J’ai lancé ce virage quand mon enfant avait 5 ans. À la maison, mon couple faisait les courses ensemble, le samedi matin, avec une liste courte. En 12 ans de travail sur l’alimentation bio, dont 8 ans dans un média indépendant, j’avais vu passer beaucoup de discours propres sur le papier. Je pensais que le bio allait faire baisser la poubelle de la cuisine. J’avais tort, ou du moins je m’étais trompée sur la partie emballage.

Le vrai choc est arrivé un soir, sur le carrelage de l’entrée. J’ai ouvert le sac de courses et j’ai trouvé autant d’emballages qu’avant, par moments plus. Les pommes bio étaient sous film une par une. Les tomates cerises dormaient dans une barquette rigide. La salade était enfermée dans un sachet gonflé. Le coin de l’opercule se déchirait mal, et la boîte sentait le froid humide dès qu’elle s’ouvrait. J’ai relu le ticket froissé dans ma poche, puis j’ai reposé le sac sans parler.

Pendant des semaines, j’ai continué pareil, surtout en grande surface. Je prenais du bio en fin de journée, après le travail, sans regarder le conditionnement. Je râlais en rentrant, parce que mon tri n’avançait pas. Le prix montait, et la montagne de sachets restait là. J’avais payé plus cher pour une impression de vertu, pas pour un vrai changement.

Les erreurs que j’ai faites en pensant que bio rimait avec zéro emballage

J’ai mis du temps à comprendre que le logo bio ne disait rien du contenant. L’Agence Bio parle du mode de production, pas du nombre de couches de plastique autour de la marchandise. Moi, j’avais mélangé les deux. J’achetais des biscuits bio avec étui carton, film intérieur et opercule. Je prenais aussi des pâtes en petit format, vendues comme pratiques. À chaque fois, le discours était vert, pas le paquet. Le rayon avait l’air propre, mais le retour à la maison me contredisait vite.

Le pire, ce sont restés les légumes déjà lavés et découpés sous atmosphère protectrice. J’ai acheté des carottes râpées et des salades prêtes à l’emploi pour gagner du temps le mardi soir. Le sachet montrait des gouttelettes collées au film dès l’ouverture. L’odeur qui m’a sauté au nez était froide, presque mouillée. Une moitié de la salade a ramolli le lendemain. J’ai jeté 280 grammes de mélange avant la date imprimée, et ça m’a agacée comme rarement.

  • Acheter des pommes bio une par une sous film plastique, puis retrouver un tas de films au fond du sac.
  • Faire mes courses bio sans contenants réutilisables, puis payer des sacs jetables à la caisse.
  • Ne pas vérifier si le produit était vendu en vrac ou seulement sous un emballage recyclable affiché comme vert.
  • Tomber sur le carton écologique avec un sachet plastique intérieur, et repartir avec deux déchets au lieu d’un.

Le rayon vrac m’a aussi mise face à ma propre improvisation. J’adorais ses bacs transparents, ses trappes et ses pelles, mais je n’avais rien apporté pour me servir. J’ai dû acheter trois sachets papier à la caisse, puis rentrer avec encore plus d’emballages qu’en arrivant. Là, j’ai compris que le vrac demandait une vraie place dans la routine. Le problème n’était pas le produit. C’était mon manque de préparation.

La facture, le tri et le temps perdu

Sur un panier de semaine, j’ai laissé partir 47 € que prévu rien que pour des versions bio déjà prêtes. Un paquet de tomates cerises, une salade lavée, des carottes râpées et deux petits biscuits m’ont coûté plus cher que les mêmes produits bruts au marché. Le choc n’était pas seulement le ticket. C’était la sensation de payer la praticité, puis de la perdre dès le frigo. J’ai noté ce montant un mardi de novembre vers 19 h 30, parce que j’avais besoin de le voir noir sur blanc.

À la maison, ma poubelle jaune n’a pas baissé. J’ai compté 14 sachets et opercules en une seule semaine, puis encore des barquettes au fond du bac. Le poids montait, pas seulement le volume. J’avais l’impression de faire un détour complet pour aboutir au même tas de plastique qu’avant. Le bio ne m’a pas soulagée de ce côté-là, et ça m’a sapé le moral.

Les produits sous film m’ont aussi fait jeter de la nourriture. Une barquette de champignons bio a tourné en 4 jours, malgré un frigo réglé à 4 °C, parce que l’humidité restait coincée dedans. Une salade prête à l’emploi a noirci sur le bord. Un sachet de tomates cerises a gardé des gouttes d’eau au fond. J’ai jeté 190 grammes ici, 280 grammes là, et chaque fois j’avais la même sensation de gâchis.

J’ai aussi perdu du temps. Je passais des soirées à trier, à ouvrir, à rincer les bacs et à chercher un magasin moins emballé que le précédent. Mon enfant de 5 ans me demandait pourquoi je râlais devant un sachet de salades, et je n’avais pas de bonne réponse. En une semaine chargée, j’ai perdu presque 3 heures dans ces petites corvées dispersées. J’étais partie pour alléger mon quotidien, et j’avais juste ajouté de la friction.

Ce que j’aurais dû vérifier avant de me lancer

J’aurais dû regarder le conditionnement avant le logo bio. Ma Licence en Sciences de l’Alimentation, obtenue à l’Université de Lille en 2010, m’avait appris à lire un produit. Mais j’avais laissé mon cerveau s’arrêter à la petite feuille verte. Le vrai geste, c’était de distinguer le bio du paquet qui l’entourait. Les repères de l’Agence Bio, puis les travaux de l’INRAE sur les systèmes alimentaires, m’ont rappelé plus tard que le mode de production et l’emballage ne racontent pas la même histoire.

  • Le carton dehors avec un sachet plastique dedans.
  • La condensation visible sur les légumes prêts à l’emploi.
  • Les petites portions déjà sur-emballées, par moments plus lourdes que le contenu utile.
  • L’absence de vrac, ou un rayon vrac sans quoi remplir mes contenants.

Le vrac m’a appris autre chose, plus simple encore. J’arrivais par moments sans boîte ni bocal, puis je me retrouvais à peser un contenant vide et à noter son poids sur l’étiquette. Sans sacs à vrac dans mon sac, je retombais vite sur des sachets jetables. Ce n’était pas dramatique, mais ça cassait mon idée du zéro déchet. Le matin où j’ai glissé deux bocaux en verre et un sac en tissu dans le coffre, j’ai arrêté de faire semblant d’être prête.

Sur le tri des emballages, je ne joue pas à la spécialiste de la filière locale. Quand j’ai un doute, je regarde les consignes de ma commune, puis je laisse l’emballage industriel aux gens dont c’est le métier. Ce qui m’a servi, c’est de lire les notices du rayon et de suivre les repères de l’Agence Bio, pas de me fier au mot éco imprimé sur le carton.

Ce que je sais maintenant

Le vrai déclic m’est venu devant les bacs du marché de Wazemmes, pas dans un rayon plein de promesses. Là, j’ai vu que le bio ne voulait pas dire zéro emballage, mais par moments un autre contenant, ou un autre endroit d’achat. Les pommes en vrac, les carottes en botte et les lentilles en bocaux n’avaient rien d’idéalisé. Elles avaient juste le mérite de ne pas me mentir. J’ai compris que mon attente était trop simple, pas le bio.

J’ai fini par garder des sacs à vrac et deux bocaux dans le coffre de la voiture. Quand je passe au marché, je prends du local et du saisonnier, puis je laisse de côté les produits déjà lavés ou découpés. À la maison, ça m’a rendu les repas plus simples. Mon enfant de 5 ans me rappelle même le bocal rouge dans le sac, ce qui m’évite quelques allers-retours. Je n’ai pas tout réglé, mais la cuisine a cessé d’être encombrée de sachets.

Le bio en grande surface m’a montré sa limite la plus nette. Du bio peut rester très emballé, et le discours vert cache par moments un paquet banal. Oui, le bio me paraît utile quand il est vendu en vrac, en bocal, ou au marché avec des contenants simples. Non, il ne règle pas grand-chose quand on achète des salades prêtes à l’emploi et des fruits sous film. Le mois dernier, à Biocoop Lille Wazemmes, j’ai encore payé un paquet trop joli pour être léger. Cette fois, je savais au moins pourquoi il m’agaçait.

Élise Verdan

Élise Verdan publie sur le magazine Verneuil en Bio des contenus consacrés à l’alimentation biologique, aux produits de saison et aux choix responsables du quotidien. Son approche repose sur la clarté, la pédagogie et des repères concrets pour aider les lecteurs à mieux comprendre les produits et à intégrer le bio de façon plus simple dans leurs habitudes.

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